Constantin (Kostia) Terechkovitch (1902-1978)

La Treille muscate, 1961
La Treille muscate est la maison que l'écrivain Colette avait achetée aux environs de Saint-Tropez. Cette lithographie illustre ce lieu.

Lithographie originale de 1961, signée au crayon et numérotée /25 au crayon par l'artiste.
État: voir photographies ; bon ; jamais encadrée ; points d'humidité dans les marges (voir photographies) ; bordure des marges très légèrement brunies.
Dimensions papier: 65,5x50,4 cm ; dimensions image: 38x28 cm.
Support: papier Japon nacré.

Remise en mains propres gratuite possible à Paris sur rendez-vous.
L'œuvre est vendue accompagnée d'une facture avec un descriptif détaillé.

Original lithograph produced in 1961, hand-signed and hand-numbered (/25) in pencil by the artist.
Conditions: see photographs ; good ; never framed ; humidity dots in the margins (see photographs) ; margins borders are very slightly browned.
Paper sizes: 65,5x50,4 cm ; image sizes: 38x28 cm.
Support: Japon paper.

Kostia Terechkovitch, dit Constantin Terechkovitch, né le 1er mai 1902 dans les faubourgs de Moscou, et mort le 12 juin 1978 à Monaco, est un peintre et graveur français (naturalisé le 2 août 1943) d'origine russe.

Jean-Pierre Crespelle restitue le contexte familial dans lequel Kostia - diminutif de Constantin - Terechkovitch et son frère aîné Sevolod ont été éduqués : « ses parents appartenaient à cette intelligentsia d'artistes et d'intellectuels qui vivait en Russie comme dans une colonie lointaine, recevant d'Europe ses idées et ses snobismes, ses romans et ses robes »1. Son père, « médecin réputé », dirige un asile d'aliénés proche de Moscou, sa mère est la traductrice en langue russe de Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine et José-Maria de Heredia. La vie familiale se partage entre une datcha à la campagne et un appartement à Moscou, l'un et l'autre étant lieux de passages permanents d'écrivains et d'artistes où l'on ne parle que le français1.

De son enfance, Kostia conservera un souvenir ébloui de ses visites chez une proche relation de ses parents, le très fortuné marchand de grains Sergueï Chtchoukine, grand client des marchands de peinture d'avant-garde à Paris - Ambroise Vollard, Berthe Weill, Daniel-Henry Kahnweiler - et qui, « doué d'un grand flair, découvrit Henri Matisse (il en possédait vingt toiles) et Pablo Picasso (cinquante toiles) et les fauves bien avant les amateurs français » : Le palais Chtchoukine a façonné le choix de Kostia d'être peintre1.

Outre la peinture cependant, et à l'instar de son frère Sevelod, recordman du saut à la perche de Russie, Kostia Terechkovitch est alors fervent de sport qu'il pratique (il sera champion universitaire de relais en 1917) et dont il conservera la passion toute sa vie1.

Après son passage du bac à l'âge de quinze ans, les parents de Kostia Terechkovitch l'envoient en préparation aux beaux-arts dans l'atelier du peintre moscovite Constantin Youon, « pompier couvert d'honneurs par le tsar et qui réussira la cabriole de finir Prix Staline »1. Il entre ensuite, sur concours où il est reçu troisième sur cinq cents candidats à l’École de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou, dans l'atelier de Pavel Kouznetsov. En cette même année 1917 éclate la révolution russe, désorganisant la société civile. Prenant cela comme une opportunité, il se décide à partir pour Paris, alors capitale des arts, qu’il atteindra seulement en 1920 après de multiples péripéties et petits métiers, soit « trois ans d'errance qui le mènent en Ukraine, au Caucase, en Perse et à Constantinople »2.

Quittant de fait Moscou en s'engageant dans un service de brancardiers chargés du rapatriement ferroviaire des blessés allemands de Sibérie (« il n'y avait ni médecins ni médicaments dans le train, et nous ne pouvions rien faire pour sauver ces malheureux, évoquera plus tard Terechkovicth qui les voit tous mourir faute de soins. Ce fut la plus terrible époque de ma vie »1), il subsiste en organisant des clubs sportifs ouvriers en Ukraine, en travaillant pendant une saison dans une plantation de thé de Bakou, dans la « descente aux enfers » du colmatage du charbon dans les soutes d'un cargo grec entre Sébastopol et la Turquie, s'engageant ensuite comme palefrenier dans l'armée anglaise occupant Constantinople. Là se situe son apprentissage de la connaissance et de l'amour du cheval, passion définitive qu'il vivra plus tard sur les champs de courses et que sa peinture restituera1.

Passager clandestin d'un bateau en partance pour Marseille à bord duquel il vit de nouveau dans la dureté et la poussière noire de la soute à charbon, puis docker à Marseille, Terechkovitch débarque à la gare de Lyon à Paris le 2 août 1920. Là, après trois jours d'errance, un juif russe auquel il confie son odyssée l'accueille, lui trouve une chambre de bonne située boulevard de Magenta et un emploi dans une usine de boîtes de cirage1.

Le troisième mois, la somme importante de six cents francs gagnée par un heureux dimanche aux courses de Chantilly l'autorise à démissionner pour se consacrer à l'étude des maîtres du Musée du Louvre et à la visite des galeries ; le quatrième mois, un autre heureux hasard le fait retrouver boulevard Saint-Michel le peintre Lazare Volovick, un temps compagnon d'odyssée, qui lui révèle l'existence de Montparnasse (« tous les peintres sont là », dit Volovick) où, le soir même, au Dôme, il voit entre autres, parmi toute la communauté russe qu'il va rapidement retrouver dans le quartier, Chaïm Soutine, Moïse Kisling et Marc Chagall1.

Les six cents francs de Chantilly lui permettent de mener la vie d'artiste, s'abstenant encore de peindre au regard du prix des couleurs, mais fréquentant, pour y exécuter des dessins qu'afin de l'encourager Michel Larionov lui achètera un franc pièce, l'Académie Colarossi et l'Académie de la Grande Chaumière. Quoique n'y ayant pas de maître, c'est dans la seconde qu'il rencontre régulièrement Maurice Loutreuil qu'il admire et à qui il montre son travail1.

Kostia Terechkovitch se lie Moïse Kisling, Pinchus Krémègne, André Lanskoy et surtout Chaïm Soutine qui devient son grand conseiller et avec qui il entame vingt années d'estime réciproque, de tensions et de réconciliations : « Soutine était mon ami, confiera Terchkovitch à Jean-Pierre Crespelle, mais moi, je n'étais pas le sien : avec son caractère si étrange, il ne pouvait pas avoir d'amis... L'homme était impossible, mais j'ai adoré sa peinture... Me prêter de l'argent, il ne voulait pas y songer. Il préférait m'introduire chez les marchands et il exigea de Marcellin et Madeleine Castaing, qui ne juraient que par lui, qu'il me prennent des toiles. Zborowski aussi, sur ses instances, me prit des peintures »1. En allant parallèlement faire du sport au Racing, il cultive une forme physique qui va lui permettre de s'engager un temps comme modèle, à l'instar de son ami Volovick, chez le sculpteur argentin Lagosse chez qui il est logé, nourri et reçoit vingt francs par séance. Revenu à la précarité avec le départ de Lagosse en Argentine, se rendant avec sa valise chaque soir au Dôme ou à La Rotonde en quête d'une âme charitable à même de l'héberger, sa carrière commence en 1921 quand l’écrivain essayiste et critique d’art Serge Romoff le prend sous son aile et lui offre une pension de quatre-vingts francs par mois pour lui permettre de peindre, puis d'avoir un espace à lui, un ancien atelier de photographe abandonné situé dans un terrain vague de la rue Ernest-Cresson et où il recevra les premières visites de Maurice Brianchon et de Raymond Legueult1.

En 1923, après avoir rallié Berlin et sa diaspora artistique russe (Il y a là, entre autres, Maurice Blond et Isaac Mintchine), il se trouve confronté comme ses compatriotes au choix difficile de rentrer en Russie ou de repartir à Paris. Ne commettant pas l'erreur de son premier mécène Serge Romoff, qui effectuera ce retour à Moscou pour y constater un bannissement radical de l'avant-garde au bénéfice du réalisme socialiste et pour y mourir dans la misère, Terechkovitch rentre à Paris.

Après la signature d'un contrat avec le marchand Charles-Auguste Girard qui remarque son envoi au Salon d'automne de 1925, Kostia Terechkovitch est envoyé tous frais payés par ce dernier, qui veut des paysages du Midi, à Saint-Tropez, dont il revient, après une halte à Avallon, porteur d'« œuvres déjà abouties » (Le facteur d'Avallon), « libérées d'un certain cubisme superficiel, constituant mieux qu'une promesse »1. La Galerie Charles-Auguste Girard organise sa première exposition personnelle en 1927.

En 1933, il réalise les décors et les costumes du spectacle des Ballets russes à Monte-Carlo. Il se marie la même année avec Yvette Le Mercier, « jeune et blonde Normande rencontrée durant un séjour à Évreux » et qui deviendra son principal modèle (La série des Jeune femme au chapeau qu'il brossera à partir de 1936 sont des « Yvette »)1, bientôt suivie par les deux filles du couple , France et Nathalie, « dans des scènes familiales nombreuses, témoignant d'un bonheur évident au long des années »3. À partir de 1934, il participe aux expositions du Groupe de l'Amitié avec Jeanne Besnard-Fortin, Serge Charchoune et Emmanuel Mané-Katz4.

En 1939, Kostia Terechkovitch s'engage dans la Légion étrangère puis est démobilisé en 19403. Pendant l'Occupation allemande, il se réfugie avec sa famille dans une maison proche d'Avallon où il reprend la peinture3, avant d'être plus tard accueilli à Saint-Tropez par André Dunoyer de Segonzac. De cette période datent dans leur majorité les peintures de portraits des artistes qu'il admire, notamment de Pierre Bonnard dont, vieux rêve qui le hantait, il fait la connaissance au Cannet en 19411.

Après la Seconde Guerre mondiale, s'installant dans un pavillon de la rue Boulard, Terechkovitch voyage, s'intéresse à toutes les grandes compétitions sportives, notamment les courses de chevaux et les Jeux olympiques (auxquels assister tous les quatre ans le fera aller à travers le monde)3, et s'établit quelque temps à Menton. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1951.

Les thèmes de la maturité pour Kostia Terechkovitch seront principalement sa famille et ses deux filles France et Nathalie, après avoir peint de très nombreuses danseuses, des paysages (bords de Marne, plages, bords de mer, campagnes et villages). Passionné de sport, on lui doit des chevaux de courses et des scènes hippiques (c'est son propre cheval, Antheos, qu'il peint en tête de peloton dans la toile Saut de la rivière, « pleine de mouvement et de couleurs », qu'il accroche en 1957 au Salon des peintres témoins de leur temps5), mais aussi des aquarelles sur le tennis, sport qu'il pratique en compagnie de Christian Boussus. Le critique d'art André Salmon, rapporte Jacques Busse, écrira à son sujet : « La palette de ce peintre, son traitement de la couleur, affirment sa personnalité. S’il n’a pu se dépasser, au moins s’est-il heureusement situé »3.

Kostia Terechkovitch est inhumé à Roquebrune-Cap-Martin, où il vivait une partie de l'année.