Très bon état Cet ouvrage est un essai sur les relations que les éleveurs nomades entretiennent avec leur environnement chez deux peuples mongols en Mongolie et en Sibérie du Sud. Il propose une vaste synthèse de la littérature publiée sur le sujet dans de nombreuses langues occidentales et orientales mais est aussi et surtout le fruit d’une vingtaine de mois d’enquête cumulés sur le terrain entre 2008 et 2015. Grâce à sa connaissance des langues (mongol bouriate russe) et ses séjours prolongés l’auteur entraîne le lecteur dans l’intimité et la vie quotidienne des éleveurs. Ce livre se concentre sur les aspects spatiaux du pastoralisme nomade et notamment sur les manières dont les éleveurs envisagent et mettent concrètement en œuvre l’occupation de l’espace à partager avec des être non humains que ce soient des animaux domestiques sauvages ou encore des entités invisibles. En comparant les situations de peuples mongols de part et d’autre de la frontière mongolo-russe il donne également à voir un continuum culturel mongol malgré l’inscription dans des trajectoires historiques et politiques différentes. La grande originalité de l’ouvrage réside dans l’abondante cartographie résultat de données GPS de première main collectées par l’auteur qui donne à voir les itinéraires de nomadisation des éleveurs et les trajets quotidiens des différents troupeaux sur les pâturages. Les nombreuses cartes accompagnées d’une analyse fine des données offrent une meilleure compréhension de toute la complexité des relations en jeu entre les éleveurs leurs animaux – chevaux chameaux bovins moutons chèvres et chiens – et leur environnement partagé ainsi que des manières dont systèmes sociaux et écologiques interagissent entre eux à travers des boucles d’actions et rétroactions. En ces temps de changements climatiques extrêmement rapides sur ces terrains et plus généralement à l’ère de l’« Anthropocène » – concept qui implique que l’homme est devenu une force géologique majeure qui agit sur la terre – les relations que les humains entretiennent avec leur environnement sont devenues dans la plupart des endroits du monde un enjeu écologique économique politique et éthique majeur. Dans ce contexte la grande division entre nature et culture qui caractérise les visions du monde occidentales est lentement en train de s’effondrer. Loin de vivre « en symbiose » ou en « harmonie » avec leur environnement comme se plaisent souvent des Occidentaux à s’imaginer ou à présenter les Mongols ils ne nous donnent pas moins en se refusant eux-mêmes à toute relation de domination exclusive sur les animaux et les ressources naturelles l’occasion de réfléchir aux relations que nous-mêmes voulons entretenir aujourd’hui avec notre environnement.