RAPPORT FAIT AU NOM DE LA COMMISSION CHARGÉE D'EXAMINER LA PROPOSITION DE LOI DE M.DELACOUR ET PLUSIEURS DE SES COLLÈGUES SUR LES HARAS ET LES REMONTES


PAR M.BOCHER


Versailles, Cerf et Fils imprimeurs de l'Assemblée Nationale, 



1873, in-4 relié, 177 pp, 




une carte dépliante


Très bon état.


remise en main propre possible à Paris, sur rendez-vous, dans le 12e arrdt.

Dans ce cas, merci de ne pas utiliser paypal 

en copié-collé, ces infos glanées sur internet : 

LES CHEVAUX DE LA CAVALERIE METROPOLITAINE DE LA IIIè REPUBLIQUE : LES ANGLO-NORMANDS

Les chevaux du Maghreb (Nord du Sahara) avaient bien servi la France, partout dans le monde, et en particulier en sauvant son honneur à Sedan (le 1er septembre 1870). Mais les éleveurs de notre pays étaient protectionnistes. Profitant de la période troublée qui suivit la défaite, ils firent interdire l'importation (?) des chevaux barbes, pour la cavalerie métropolitaine. L'Algérie n'était pas la France ! Trente années plus tard le secrétaire du Syndicat des chevaux limousins, reconnaîtra les buts lucratifs de cette opération de "lobbying", comme on dirait de nos jours en franglais, "(citation) cet abandon (du barbe fut) imposé, pour mieux servir (sic) les intérêts des éleveurs de Métropole"

La loi sur les "haras et remontes"

C'est dans un esprit semblable que les notables des provinces de l'ouest profiteront de la déstabilisation de la société française après 1871. Ils feront voter une loi créant une rente de situation pour leurs électeurs, éleveurs de "chevaux de charrettes !". L'histoire vaut la peine d'être racontée. Elle est édifiante.

En 1870, l'effondrement du Second Empire, la perte cruelle de l'Alsace-Lorraine, la révolte sanglante du peuple de Paris... firent trembler la société française sur ses bases. Ces événements engendrèrent la 3ème République. Au plan militaire la réflexion a entraîné une série de réformes : la loi de recrutement (5 ans de service militaire - 1872) ; la loi d'organisation (18 régions militaires - 1873). Les critiques avaient noté qu'une fois de plus notre "industrie chevaline" (formule de l'époque) n'avait pu fournir que 80 000 chevaux médiocres, à la mobilisation ; dont moins de 20 000 à la cavalerie ! alors qu'il en fallait au total 120 000. On se procura les 40 000 manquants, à l'étranger... une fois de plus !

Le projet de loi : le moment était favorable. Le 25/01/1873, le député normand Delacour, déposa un projet de loi sur "les haras et remontes" (loi d'initiative parlementaire qui n'est pas comptée dans la réforme des armées).

Le voici :

1. Le nombre des étalons de l'Etat sera porté à 2 500 (il était de 1 087).
2. Le service des haras donnera chaque année des primes de l'état aux producteurs (de chevaux).
3. Les taxes à l'importation des chevaux seront augmentées ou instituées.
4. Désormais les officiers des haras seront recrutés par examen, objet d'un règlement d'administration publique. Ces questions intéressant (citation) "à un si haut point l'agriculture et l'armée"... l'honorable député demande "l'urgence". Il faut battre le fer quand il est chaud. Nous sommes en pleine discussion des lois militaires ! La commission désignée pour l'étude du projet fit son rapport le 21/VII/1873.

Le rapporteur est l'ancien préfet du Calvados, le député Bocher. La loi prendra son nom.

Le rapport est un chef-d'oeuvre du discours politique. Sa dialectique est exemplaire (il est publié dans trois livraisons du J.O.R.F. de décembre 1873 - pages 8047 passim). Trente et une pages au total : - deux concernent la remonte de l'armée et vingt neuf établissent un "nouveau système de haras".

C'est la raison pour laquelle cette loi est surtout connue sous l'appellation "loi organique sur les haras", titre employé par le ministre de l'agriculture lui-même, au cours des débats.

Le rapporteur Bocher soutient les thèse, antithèse, et synthèse suivantes :

1. Etant donné les besoins de l'armée, il faut augmenter la production de chevaux et en même temps les améliorer.
2. Or, on ne peut fournir en grande quantité qu'un cheval d'un seul type approprié aux services de l'armée. Cheval qui doit déjà être en production dans le pays, car "la défense" ne peut attendre !!
3. D'où : une question fondamentale quant à l'espèce des étalons à choisir pour cette production, étant admis que si l'idéal, comme chacun sait, serait soit l'Anglais, soit l'Arabe, soit les deux : C'est à dire les "pur-sang"... Cela n'est pas possible pour une production de masse.
4. Donc, là est le dilemme franco-français, il faut s'adresser aux "races intermédiaires" (sic) de "demi-sang" que l'on produit en France.
5. La première (et la meilleure) est l'anglo-arabe du midi. Mais il est peu produit en 1873... et l'on ne peut attendre, cela va de soi !
6. Mais, par chance, la seconde "race intermédiaire" (citation) : est en plein développement, en pleine prospérité" c'est l'anglo-normand ! Or, c'est exactement le type réclamé par l'armée, affirme le rapporteur qui cite un ministre de la guerre anonyme (est-ce du Barail ? Est-ce de Cissey ?) "C'est le type du cheval français (retenez cette formule)... C'est le cheval des Dragons ; de plus c'est le cheval d'Artillerie" (op. cit. p. 8047). C'est enfin "le type de cheval de cavalerie de ligne" (ibidem p. 8201). Bref, c'est le cheval à deux fins... L'expression fera flores !

Ce qu'il fallait démontrer.

Géniale cette dialectique. On ne peut pas ne pas être admiratif pour l'habileté de l'ancien préfet du Calvados. Quel aplomb ! Quelle superbe ! pour un ancien administrateur d'affirmer cela, devant des députés ignorants, dans leur majorité de ce que peut être un cheval de selle, mais parmi lesquels cependant, il y a des hommes de cheval. On va le voir ! Qu'importe... ils seront emportés par la majorité. En effet, après dix mois de réflexions, ou d'intrigues (?), l'Assemblée Nationale discutera mollement le rapport triomphaliste du rapporteur Bocher. Ce sera au cours des séances des 28 et 29 mai 1874 (J.O. 29.V.1874).

Le débat - Les interventions essentielles

- Grivart, ministre de l'agriculture : Vous devez voter "cette loi organique sur les haras" de même que "vous avez voté la loi d'organisation de l'armée" (loi du 24.VII.1873) - Quelle symétrie !

- Kerjegu (de), député : avoue qu'il a eu de la peine à se laisser convaincre de ce que l'augmentation des haras était le moyen le plus efficace pour obtenir... une bonne remonte de cavalerie". Ce gentilhomme a compris la manoeuvre masquée... En honnête homme démocrate, il le dit... Il a vu juste.

- Cissey (de), ministre de la guerre : fait remarquer pour le principe (c'était un carriériste) que : vous ne trouverez pas ces "étalons capables de faire des chevaux de selle" car c'est "ce qui nous manque par-dessus tout". Le lecteur se rappellera l'opinion de Napoléon Ier sur le même sujet. Il se souviendra que sur un constat semblable Louis XIV avait fait importer, et avait distribué des étalons barbes.

- Bocher, rapporteur, se défend de travailler pour des intérêts locaux et particuliers : "on cite la Bretagne, la Normandie" dit-il... et se drapant dans sa dignité : "il s'agit de la défense... du pays".

- Dampierre (marquis de ), député des landes s'exclame le 29 : "Vous avez besoin de chevaux de selle et vous n'avez pas d'étalons pour en produire". Terrible constat !

- Bastard (Octave de), député, fait une mise en garde d'une extrême gravité : "une fois entrée dans cette voie, l'administration (de l'agriculture) sera obligée d'en prendre la responsabilité entière".

La "loi sur les haras et remontes" est adoptée ; la responsabilité de la fiabilité des chevaux pour l'armée est donc donnée au ministère de l'agriculture. Cette loi sera publiée au journal officiel de la République française du 30.V.1874.

Analyse de cette loi

- Article 1-2-3 : réorganisent le service des haras de l'agriculture.
- Article 4 : fixe l'effectif des étalons à 2 500.
- Article 5 : établit des primes versées par l'Etat, pour les étalons et les poulinières ; pour les courses aussi, dont les Arabes, et les Anglo-arabes (pour la première fois).
- Article 6 : rétablit la jumenterie de Pompadour, pour y produire des étalons arabes et anglo-arabes. Car cette dernière race (?) doit être "relevée" (sic) et développée, comme il a été dit par le rapporteur.

Telle est l'histoire du vote de la loi dite Bocher en 1874. L'élevage privé, protégé des importations, encouragé par des primes du contribuable, assisté par l'administration de l'agriculture, s'engagea à augmenter sa production et à la qualifier pour satisfaire les besoins de l'armée en chevaux fiables. Du moins, tel est l'esprit de cette loi, déduit du rapport et des débats. Mais sa rédaction occultera ce but fondamental. Ainsi la lettre n'est pas conforme à l'esprit... Etrange loi, en vérité.

Quoiqu'il en soit, après les étalons royaux (de l'ancien régime) voici les étalons républicains. Ils seront choisis dans leur immense majorité parmi les demi-sang (ou demi-trait) anglo-normands, trotteurs (une épreuve de trot est exigée pour leur achat !) Les parlementaires ont admis qu'ils convenaient aussi bien à l'artillerie, qu'à la cavalerie. Et pourtant, depuis 1757 (Rossbach) face aux hussards prussiens, depuis 1812 (Russie) face aux cosaques, nos cavaliers avaient chèrement payé pour que l'on sache que les chevaux de carrosse, avec leurs dérivés les chevaux de trot, ne sont pas des chevaux de cavalerie. Car ceux-ci doivent être des galopeurs endurants.

Mais au Parlement on travaille trop vite, et personne n'a écouté messieurs : de Kerjegu, de Cissey, de Dampierre, de Bastard... Allons maintenant sur le terrain.

La mise en oeuvre de la loi Bocher

En 1880, les notables de Normandie firent contacter Gambetta, futur chef de gouvernement (1881-1882), pour le convaincre de ce que le demi-sang de trot était bien l'étalon qu'il fallait pour -selon la formule de l'homme d'Etat - "produire de meilleurs chevaux d'armes" (c.a.d : "de troupe de guerre") ; car Gambetta était un patriote. Le consensus politique était donc réalisé provisoirement. Cette année-là les haras doubleront leurs effectifs d'étalons par rapport à 1874. On comptera dans leurs écuries : 2 164 étalons de l'Etat, dont 1 641 demi-sang Anglo-normands et seulement 212 Arabes et Anglo-arabes. La France produira donc essentiellement des trotteurs. Cette prépondérance de fait (constatée ici) du cheval du Nord-Ouest, pèsera lourd sur l'avenir de notre cavalerie, malgré les efforts des rénovateurs.

Cette même année, en effet, le ministre de la "guerre" et son "comité de cavalerie", prenant en compte les données nouvelles de la guerre moderne : le feu à tir rapide et à longue portée, le feu qui tue, (selon une formule célèbre...) conclue à la "suppression de l'arme des cuirassiers...". (rapport demandé par le ministre le 15 mai 1880). Ils seront transformés en régiments "aptes au même service que la cavalerie légère ou les dragons" (ibidem).

12 régiments de cuirassiers à 750 chevaux cela faisait : 9 000 chevaux et c'était un problème pour les éleveurs normands. C'est pourquoi leurs intérêts avaient été pris en compte par le comité dans les termes suivants (rapport cité) "considérant, d'ailleurs, qu'il serait impossible de priver nos provinces du Nord-Ouest des débouchés (sic) que leur offre l'armée au point de vue éle- vage ; le comité..." estime qu'il faut conserver cette espèce de chevaux. On notera le poids "économique" des éleveurs du Nord de la Loire, qui influe directement sur l'équipement de l'armée, et par là, sur son efficacité. Car de ce fait, la réforme devait se réduire, dans un premier temps, à se débarrasser de la cuirasse, à armer ces cavaliers de carabines, et à changer l'emploi de l'arme. (Il était convenu aussi que, peu à peu, la taille des hommes serait diminuée, lors des recrutements). Eh bien... les pesanteurs sociales et économiques seront telles que la réforme ne se fera pas ! Pourtant le ministre tentera de la faire entériner par les généraux de cavalerie.

Ce fut le colloque des généraux, appelé le concile de Tours (16-17 mai 1881) (Procès-verbaux publiés par Berger-Levrault en 1881).

La discussion fut sévère. Le général l'Hotte, célèbre écuyer, à la tête des conservateurs, défendit les cuirassiers. Il dut entendre le promoteur du projet, le général de Galliffet héros de Sedan, lui dire que : le jugement de ceux qui ont fait la guerre... doit avoir une autorité particulière..." (L'Hotte n'a pas fait campagne !)

Les conservateurs l'emportèrent : "le bon sens (sic) prévalut, les cuirassiers gardèrent leurs cuirasses" écrit triomphalement le vieux du Barail dans "ses souvenirs" (Plon-Paris 1896). Mais la cavalerie y perdit sa fiabilité, sans parler de la performance. On va bientôt le voir, hélas. Car elle partira à la guerre en 1914, avec le sabre, la cuirasse, et... le cheval du "nord-ouest".

Si l'armée avait des états d'âme, l'agriculture poursuivait sans désemparer la mise en oeuvre de la "loi organique". En 1892 le Directeur général des Haras publie, en mars, son rapport de résultats. L'effectif des 2 500 étalons est atteint : 1738 anglo-normands, 271 Arabes et anglo-arabes (le reste en traits et en Anglais). On notera qu'un petit effort a été fait pour le sud-ouest de la Loire. Il était peut-être lié au scandale de 1887.

Cette année-là "le brave général Boulanger" (selon la chanson populaire), ministre de la guerre, avait fait promulguer une loi portant création de : six régiments de cavalerie légère.

Le général Inspecteur des remontes ne put trouver la quantité nécessaire de chevaux de selle petits et légers. Aussi le gouvernement fit en 1890 une loi rectificative. On ne créa que 2 régiments de Hussards, et 4 de cavalerie lourde. On constate donc, là est le scandale, que la production chevaline, prévue par la loi de 1874, a été détournée de sa finalité militaire : produire des chevaux de selle aptes à faire campagne ! des chevaux : petits, sobres, et galopeurs endurants.

Ce détournement est à mettre sur le compte du négoce et de la facilité. On produit ce que le pays fabrique depuis toujours : le roussin, et on refuse une action adaptée à la production d'un cheval petit et rustique.

Il faut ajouter une raison plus profonde. Dans la culture charretière et non cavalière française, il n'a jamais été admis que le véritable cheval de guerre doit être petit. Et pourtant Marbot et Brack l'avaient fait comprendre à leur retour de Russie. D'ailleurs, bien avant, le roi Louis XIV l'avait lui aussi proclamé officiellement. Dans son ordonnance du 25 octobre 1680 : citation "considérant que (les chevaux) ceux de moindre taille subsistaient plus aisément (facteur "résistance") et supportaient mieux la fatigue (facteur "endurance") ordonne..." de remonter la cavalerie avec des chevaux de petite taille. En 1890 (deux siècles plus tard), l'année du scandale, le bon général Bonie, qui depuis 1871 cherchait les raisons de notre défaite, écrit dans "les remontes françaises" (Paris 1890 - page 17) "les petits chevaux supportant mieux la fatigue que les grands". On le voit l'idée a été débattue tout au long des siècles, dans la société française des temps modernes et des temps contemporains. Mais elle n'a jamais atteint les esprits et ébranlé les certitudes des éleveurs influents du Nord de la Loire. Ils en sont toujours restés au concept du cheval : grand et gros.

L'état des achats du service des remontes de l'armée, pendant l'année 1890, confirme cette tendance vers le cheval grand et "charnu"..., celui qui est produit majoritairement en France.

- Achats en France : Total : 13 668 ; Chevaux lourds : 11 013 (au Nord, Nord-Ouest, et nord-est de la Loire : Normandie - Bretagne - Lorraine - Charolais). Chevaux légers : 2 655 (Sud-Ouest de la Loire).

La philosophie de ce bilan désastreux nous est donnée par N. de Blomac (L'Arabe, Paris, 1978) (op. cit.). "Ce XIXè siècle à qui l'on doit le pur-sang, va se terminer dans l'apothéose du demi-sang". Et cela se passera dans une lutte d'influence farouche. C'est ainsi que le rapport triomphaliste de l'agriculture paraît, en 1892, au moment où les faits prouvent déjà les méfaits de la loi Bocher ; et où le consensus des politiques va être désavoué par les professionnels.

En effet, ceux ci vont se dresser pour s'opposer à la société politico-agricole qui nie la qualité pour la quantité, au nom du profit. Et ceci dans une question qui intéresse d'abord la défense nationale.

En Normandie, le grand homme patriote de cette fin de siècle est Maurice de Gasté,  hippologue, né à Lisieux en 1859. Il eut le courage exceptionnel de combattre les idées dominantes de son propre milieu, celui des éleveurs normands. Il publia de nombreuses études qui en font, sur le cheval, le meilleur zootechnicien de l'époque. En 1888, Du recrutement du cheval de cavalerie. Dans cet ouvrage, il examine les causes de la rareté des chevaux de selle en France... En 1896, Courses au trot et au galop pour chevaux de trois quarts de sang. En 1898, La question du cheval d'armes et du demi-sang galopeur. La déformation du modèle par les étalons trotteurs.